|
Nouvelles des Amis - Blog Fornax
Fornax publishing: handmade books in letterpress, silk printing... Limited copies. Fornax éditeur: livres à tirage limité en typographie, sérigraphie. Outypopo. Couverts - par cls le 20/07/2026 @ 17:26
![]() C’est l’été depuis quelques temps déjà. Sans vouloir nous vanter, nous sommes vachement balaises d’avoir échappé à trois canicules successives. Enfin, pour être exactement exact et causer bon la france-langue avec bon les mots et bonnes les expressions, on ne peut pas parler à proprement parler de trois canicules. On aurait mieux fait de dire qu’on a traversé trois périodes de chaleur intense très au-dessus des chaleurs normalement constatées pendant ces périodes. Mais c’est foutrement trop long à dire, alors on dit canicule parce que c’est plus court. Mais c’est pas vrai quand on dit ça. D’abord parce que des canicules peut pas y en avoir trois dans la même année, vu qu’il n’y en a qu’une de possible par année. Pourquoi ? Parce que la canicule, c’est la période de l’année qui va du 22 juillet au 23 août quand le soleil se lève en même temps que la constellation du Grand Chien. Tout le monde sait ça depuis les Romains, sauf vous, là-bas, oui vous, toujours le même, avec vos deux gros yeux globuleux pleins d’étonnement. Grand Chien, toutou, ouah ouah ! canis en latin, la langue qu’ils causaient, les Romains. Canis, d’où canicule. Et cette canicule, la vraie, elle n’est pas encore commencée ; elle commencera dans deux jours seulement. Bon, on n’a pas forcément la culturation de savoir ça. Et on s’en fout un peu, vu qu’on est en vacances avec seulement un string comme vêtition, hein ? Mais faut quand même faire gaffe aux coups de soleil si qu’on n’a pas étalé sur son épiderme délicat de vacancier en goguette, la crème protectrice et salvatrice qu’on a acheté une blinde chez le pharmacien du coin, qui en profite pour faire ses petits bénefs estivaux. Y’a pas de petits profits dans la vie et dans nos sociétés capitalistes et fières de l’être. Mais en amont, est-ce qu’on a pris aussi une autre précaution, celle de maigrir sans s’aigrir ? Petit régime pré-vacancier, histoire de paraître un peu moins ridicule auprès des autres, avec un peu moins de bourrelets, un peu moins de bide, un peu moins de pneu, un peu moins de hanches adipeuse (A dit quoi ? — A dit peu !) Parce que le regard de l’autre, ça compte. Surtout quand c’est un regard de commisération, ou de reproche, voire de dégoût. On s’est privé de manger tout ce qu’on aime pendant deux mois (ou un peu moins), hein, mâme Germaine, pour être plus présentable en oubliant les bonbons, contrairement à la chanson de Brel. Et ce régime, plus ou moins dictatorial, fait le bonheur des médecins nutritionnistes car faut pas que ce soient les seuls pharmaciens avec leur crème, qui doivent profiter de la manne financière. Bah, tiens ! Pourtant, on a une solution encore plus simple qui évite les nutritionnistes. Ne plus rien manger du tout. Ah, c’est pas facile, mais on peut y arriver. La preuve, Jésus, dans le désert, il n’a pas bouffé pendant quarante jours, et en plus, il était emmerdé par le Diable. Bien sûr, tout le monde n’est pas Jésus. C’est pour ça qu’on peut s’aider avec un petit set d’outils bien utile. Je vous en mets la photo, là, juste dessous.
Couverts - par cls le 20/07/2026 @ 17:26
![]() C’est l’été depuis quelques temps déjà. Sans vouloir nous vanter, nous sommes vachement balaises d’avoir échappé à trois canicules successives. Enfin, pour être exactement exact et causer bon la france-langue avec bon les mots et bonnes les expressions, on ne peut pas parler à proprement parler de trois canicules. On aurait mieux fait de dire qu’on a traversé trois périodes de chaleur intense très au-dessus des chaleurs normalement constatées pendant ces périodes. Mais c’est foutrement trop long à dire, alors on dit canicule parce que c’est plus court. Mais c’est pas vrai quand on dit ça. D’abord parce que des canicules peut pas y en avoir trois dans la même année, vu qu’il n’y en a qu’une de possible par année. Pourquoi ? Parce que la canicule, c’est la période de l’année qui va du 22 juillet au 23 août quand le soleil se lève en même temps que la constellation du Grand Chien. Tout le monde sait ça depuis les Romains, sauf vous, là-bas, oui vous, toujours le même, avec vos deux gros yeux globuleux pleins d’étonnement. Grand Chien, toutou, ouah ouah ! canis en latin, la langue qu’ils causaient, les Romains. Canis, d’où canicule. Et cette canicule, la vraie, elle n’est pas encore commencée ; elle commencera dans deux jours seulement. Bon, on n’a pas forcément la culturation de savoir ça. Et on s’en fout un peu, vu qu’on est en vacances avec seulement un string comme vêtition, hein ? Mais faut quand même faire gaffe aux coups de soleil si qu’on n’a pas étalé sur son épiderme délicat de vacancier en goguette, la crème protectrice et salvatrice qu’on a acheté une blinde chez le pharmacien du coin, qui en profite pour faire ses petits bénefs estivaux. Y’a pas de petits profits dans la vie et dans nos sociétés capitalistes et fières de l’être. Mais en amont, est-ce qu’on a pris aussi une autre précaution, celle de maigrir sans s’aigrir ? Petit régime pré-vacancier, histoire de paraître un peu moins ridicule auprès des autres, avec un peu moins de bourrelets, un peu moins de bide, un peu moins de pneu, un peu moins de hanches adipeuse (A dit quoi ? — A dit peu !) Parce que le regard de l’autre, ça compte. Surtout quand c’est un regard de commisération, ou de reproche, voire de dégoût. On s’est privé de manger tout ce qu’on aime pendant deux mois (ou un peu moins), hein, mâme Germaine, pour être plus présentable en oubliant les bonbons, contrairement à la chanson de Brel. Et ce régime, plus ou moins dictatorial, fait le bonheur des médecins nutritionnistes car faut pas que ce soient les seuls pharmaciens avec leur crème, qui doivent profiter de la manne financière. Bah, tiens ! Pourtant, on a une solution encore plus simple qui évite les nutritionnistes. Ne plus rien manger du tout. Ah, c’est pas facile, mais on peut y arriver. La preuve, Jésus, dans le désert, il n’a pas bouffé pendant quarante jours, et en plus, il était emmerdé par le Diable. Bien sûr, tout le monde n’est pas Jésus. C’est pour ça qu’on peut s’aider avec un petit set d’outils bien utile. Je vous en mets la photo, là, juste dessous.
(20/07/2026 @ 17:26)
Soufflet - par cls le 13/07/2026 @ 20:53
![]()
Ah, ma brave dame ! Ah, mon bon monsieur ! Quelle horrible chose que la poussière ! Elle est partout, elle s’insinue partout, elle se dépose sur tout et surtout, elle salit tout ! Qui ne rêve pas — du plus petit au plus grand, du plus célèbre au plus obscur, du plus jeune au plus vieux, du plus progressiste au plus conservateur, du plus masculin à la plus féminine — qui ne rêve pas d’un monde sans poussière ? Ah, bien sûr, femmes et hommes de ménage vont y trouver à redire car elle est au cœur de leur travail, cette poussière, mais ces bipèdes travailleurs de tous sexes et de toutes origines sont minorité et nos sociétés absurdes nous ont convaincu qu’il faut négliger les minorités. Alors négligeons, négligeons, même à contre-cœur… et rêvons à un monde sans poussière. Rêvons, oui, rêvons mais point trop longtemps car, hélas, il y a loin du rêve à la réalité. Et, quand nous ouvrons à nouveau nos yeux (nous les avions fermés pour rêver) et que nous jetons un regard circulaire autour de nous, nous ne voyons que la poussière, envahissante, insinuante, salissante… Triste constat, amère désillusion… « Poussière, poussière, toujours accumulée ! » aurait pu dire Paul Valéry s’il n’avait été obsédé que par la mer. Car cette poussière est bien plus obsédante, et bien plus dangereuse que la mer. Bien plus dangereuse, même, que la guerre — cette ineptie humaine — car la poussière n’en finit jamais alors que la guerre s’ingénie toujours à en finir un jour, ne serait-ce que par manque de combattants ou de ressources financières. La guerre contre la poussière — Heu, guerre est un mot ici un peu fort, allez, disons : la lutte, et n’en parlons plus — la lutte contre la poussière est une lutte sans fin qui touche tous les individus de tous les milieux, de toutes les sociétés, des plus stupides (comme la Société des Adorateurs du mou de veau) aux plus prestigieuses (comme la Société des Amis de la mer de Paul Valéry). Les bipèdes ordinaires (et même extraordinaires) ont toujours su se doter d’outils de lutte contre la poussière. Tous les bipèdes. Ainsi, avec moult précautions ils se rendent dans des lieux idoines (quincailleries, grands magasins) pour se procurer contre une part non négligeable de leurs salaires : balais brosse ou de coco, plumeaux, chiffons électrostatiques, wassingues, aspirateurs de tous poils et, leur outil de prédilection en main, ils entrent en lutte… Les typos et les typotes quittent leurs p’tits pots (de vin) et leurs tea pots (avec citron et lait) pour lutter contre la poussière qui envahit leurs casses et qui leur salit les doigts. « Déjà — disent-ils ou disent-elles — que le plomb propre salit les mains, alors… quand le plomb est poussiéreux, c’est intolérable ! » Ils empoignent alors le soufflet à casses qui ressemble si fort à un clystère utilisés par nos arrières-grands-oncles et de nos arrières-grandes-tantes du temps que Molière était encore en vie… Cassetin après cassetin, typos et typotes confondus soufflent pour chasser la poussière afin de libérer la casse de l’emprise de la poussière. Les esprits chagrins diront, avec une moue caustique et un petit rire énervant : « À quoi cela peut-il bien servir ? La poussière soufflée finit toujours par retomber dans la casse quand elle ne s’insinue pas dans les poumons du souffleur, c’est ridicule et inutile ! » Peut-être, peut-on leur répondre, mais il suffit de se placer hors de l’atelier par temps de léger vent, et la poussière s’envole ailleurs, sur les draps de la lavandière, par exemple, qui vient juste de les étendre sur un fil… La casse ainsi dépoussiérée peut alors trouver de nouveau place dans l’atelier. Cette pratique typographique, qui a un peu perdu de son actualité, peut encore, de nos jours, être illustrée de quelques images explicatives. Ouvrons nos yeux et souvenons-nous :
La casse dépoussiérée est une casse de 50 cm de large. La plus petite dimension de casse. Cela pour prouver que le soufflet peut être utilisé sur tous les types et toutes les dimensions de casses. Maintenant, je vais chercher l’aspirateur pour me débarrasser de toute cette poussière qui s’est déposée dans l’atelier…
Soufflet - par cls le 13/07/2026 @ 20:53
![]()
Ah, ma brave dame ! Ah, mon bon monsieur ! Quelle horrible chose que la poussière ! Elle est partout, elle s’insinue partout, elle se dépose sur tout et surtout, elle salit tout ! Qui ne rêve pas — du plus petit au plus grand, du plus célèbre au plus obscur, du plus jeune au plus vieux, du plus progressiste au plus conservateur, du plus masculin à la plus féminine — qui ne rêve pas d’un monde sans poussière ? Ah, bien sûr, femmes et hommes de ménage vont y trouver à redire car elle est au cœur de leur travail, cette poussière, mais ces bipèdes travailleurs de tous sexes et de toutes origines sont minorité et nos sociétés absurdes nous ont convaincu qu’il faut négliger les minorités. Alors négligeons, négligeons, même à contre-cœur… et rêvons à un monde sans poussière. Rêvons, oui, rêvons mais point trop longtemps car, hélas, il y a loin du rêve à la réalité. Et, quand nous ouvrons à nouveau nos yeux (nous les avions fermés pour rêver) et que nous jetons un regard circulaire autour de nous, nous ne voyons que la poussière, envahissante, insinuante, salissante… Triste constat, amère désillusion… « Poussière, poussière, toujours accumulée ! » aurait pu dire Paul Valéry s’il n’avait été obsédé que par la mer. Car cette poussière est bien plus obsédante, et bien plus dangereuse que la mer. Bien plus dangereuse, même, que la guerre — cette ineptie humaine — car la poussière n’en finit jamais alors que la guerre s’ingénie toujours à en finir un jour, ne serait-ce que par manque de combattants ou de ressources financières. La guerre contre la poussière — Heu, guerre est un mot ici un peu fort, allez, disons : la lutte, et n’en parlons plus — la lutte contre la poussière est une lutte sans fin qui touche tous les individus de tous les milieux, de toutes les sociétés, des plus stupides (comme la Société des Adorateurs du mou de veau) aux plus prestigieuses (comme la Société des Amis de la mer de Paul Valéry). Les bipèdes ordinaires (et même extraordinaires) ont toujours su se doter d’outils de lutte contre la poussière. Tous les bipèdes. Ainsi, avec moult précautions ils se rendent dans des lieux idoines (quincailleries, grands magasins) pour se procurer contre une part non négligeable de leurs salaires : balais brosse ou de coco, plumeaux, chiffons électrostatiques, wassingues, aspirateurs de tous poils et, leur outil de prédilection en main, ils entrent en lutte… Les typos et les typotes quittent leurs p’tits pots (de vin) et leurs tea pots (avec citron et lait) pour lutter contre la poussière qui envahit leurs casses et qui leur salit les doigts. « Déjà — disent-ils ou disent-elles — que le plomb propre salit les mains, alors… quand le plomb est poussiéreux, c’est intolérable ! » Ils empoignent alors le soufflet à casses qui ressemble si fort à un clystère utilisés par nos arrières-grands-oncles et de nos arrières-grandes-tantes du temps que Molière était encore en vie… Cassetin après cassetin, typos et typotes confondus soufflent pour chasser la poussière afin de libérer la casse de l’emprise de la poussière. Les esprits chagrins diront, avec une moue caustique et un petit rire énervant : « À quoi cela peut-il bien servir ? La poussière soufflée finit toujours par retomber dans la casse quand elle ne s’insinue pas dans les poumons du souffleur, c’est ridicule et inutile ! » Peut-être, peut-on leur répondre, mais il suffit de se placer hors de l’atelier par temps de léger vent, et la poussière s’envole ailleurs, sur les draps de la lavandière, par exemple, qui vient juste de les étendre sur un fil… La casse ainsi dépoussiérée peut alors trouver de nouveau place dans l’atelier. Cette pratique typographique, qui a un peu perdu de son actualité, peut encore, de nos jours, être illustrée de quelques images explicatives. Ouvrons nos yeux et souvenons-nous :
La casse dépoussiérée est une casse de 50 cm de large. La plus petite dimension de casse. Cela pour prouver que le soufflet peut être utilisé sur tous les types et toutes les dimensions de casses. Maintenant, je vais chercher l’aspirateur pour me débarrasser de toute cette poussière qui s’est déposée dans l’atelier…
(13/07/2026 @ 20:53)
Dans la nature - par cls le 06/07/2026 @ 21:13
![]()
On prévoit des choses, on prévoit… et Bam ! Bing ! Boum ! y’a un truc qui vous en empêche. Les choses et les trucs, avec moi, n’ont jamais fait bon ménage. J’avais prévu de vous faire un joli billet technique pour vous faire la nique avec la tech (ancienne)… mais la tech (nouvelle) n’a pas vu tout ça d’un bon œil, ni d’une bonne oreille [la tech (moderne) ne s’intéresse qu’à l’œil et à l’oreille, le reste elle s’en fout… pour l’instant]. La tech (moderne), s’est dit, dans son crâne de tech plein de 1 et de 0 : « Tiens, je suis sûre qu’il va encore nous déblatérer des phrases et des phrases sur une machine qui date d’avant la création de l’univers, ou d’une technique à la mords-moi les ronds de chapeaux pour les transformer en donuts (c’est la mode d’ingurgiter de l’innommable sous prétexte qu’il y a du vide au milieu)… moi, j’en ai marre ! Je vais z’y faire une bonne blague, à c’t’olibrius. » Et elle a fait exprès de planter mon ordurateur pour pas que je passe mon billet. Plantage toute la matinée sous prétexte de mise à jour… qui ne s’est pas faite parce qu’elle n’avait pas la place pour bouger les coudes, ni pour manier le marteau-piqueur, ni pour tourner le cruciforme à manche nickelé dont elle se sert comme un pied pour visser dans le sens de la vie, rien que pour voir l’effet que ça fait sur moi. Elle sait maintenant : ça m’énerve. Donc, moi, plus le temps de faire mon beau billet tout neuf, tiré à ma boîte à billets neufs dans mon crâne, à l’aide de ma carte à puce pour boîte à billets neufs insérée par l’oreille avec le code idoine ; un billet plein de belles informations vérifiées, aux sources incontestables, aux photos imparables et incomparables faites spécialement pour, aux belles phrases qui s’enchaînent à la perfection et qui égrainent leur savoir comme dans une boîte à musique bien huilée, en bois précieux qui, dès qu’on en soulève le couvercle, vous fredonne le standard cinématographico-musical Hello, le soleil brille, brille, brille ! Enfin, vous voyez le topo !… Je vais faire dans le simple, dans le rapide, dans le concret, dans le visuel, puisqu’y a que ça qui marche, avec le sonore. Foin du tactile, basta de l’olfactif, quant au gustatif, on vous donne exceptionnellement le droit d’entr’ouvrir la bouche pour suçaraquer votre souris ou votre pad, vous verrez, c’est pas terrible. Tiens, ça me donne une idée. Une idée à refourguer à nos gentils fabriquants d’ordurateurs : les faire fabriquer dans des matériaux comestibles bourrés de merveilleux parfums synthétisés à partir de nos déchets. On boufferait nos ordurateurs avec joie ; alors ils en vendraient encore plus, et on pourrait les enterrer dans un linceul encore plus plein de beaux billets de banque pour que ça soit plus confortable, des billets qui n’ont rien à voir avec les miens, qui valent beaucoup moins, cela dit en passant. Je vais faire dans le simple, ai-je dit, je vais parler des couleurs. C’est bête comme chou, les couleurs, sauf pour les aveugles, bien sûr, qui doivent faire preuve d’imagination. Mais c’est bien l’imagination… Je vais vous parler des couleurs, mais pas de n’importe quelles couleurs. Pas les couleurs des drapeaux. Moi, les couleurs des drapeaus, c’est pas mon truc. Je m’en fous un peu des drapaults et de leurs couleurs. Je m’en fous surtout des drapaux. Même que ça sert à rien les drapeaults. Simplement à bouger dans le vent quand il y a du vent, mais du vent, y’en a pas toujours, alors ils pendant lamentablement parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre quand il n’y a pas de vent, celui de l’histoire ou un autre, peu importe. Si seulement on s’en servait, des drapôs, pour sécher les larmes des enfants, ou les moucher quand on leur apprend que leur papa ou leur maman sont morts pour la patrie ou toute autre raison plus ou moins stupide de cet ordre ou de ce désordre, si seulement on s’en servait pour ça, rien que pour ça… ils commenceraient à être un peu utiles, les drapaus. Mais même pas… Donc, je ne vais pas vous parler des couleurs des drapots. Je vais vous parler des couleurs de la Nature. Passe que l’être le plus intelligent et le plus important sur cette planète, c’est bien la Nature. C’est incontestable, j’espère que c’est incontesté. Bien sûr, c’est pas la Nature qui a inventé les couleurs. C’est le cerveau de l’œil, tout le monde sait ça. Le cerveau de l’œil, il fabrique les couleurs à partir de ce qu’il voit. Il voit des longueurs d’onde, et pof ! il fabrique des couleurs. Il voit une longueur d’onde de 520 nm et pof ! il fabrique du vert. Comme ça, instantanément. Il est très fort, le cerveau de l’œil. La Nature, elle est très forte aussi, parce qu’elle sait fabriquer plein de choses avec pas beaucoup de matière première. Surtout en les combinant. Elle combine, elle combine tout le temps. Parfois elle réussit, parfois ça rate, comme avec nous, les bipèdes. Mais elle se décourage pas, la Nature. Elle continue à combiner. Elle s’en lasse pas… Arrivé ici, j’en ai un peu marre de causer. Je pourrais continuer, mais j’en ai un peu marre. Vraiment. Alors, je vais vous passer des images. Vous aimez les images, j’en suis sûr. Tout le monde aime les images. Et comme vous faites partie du groupe Tout le monde, vous aimez forcément les images. En voilà, les longueurs d’onde autour de 520 nm y sont omniprésentes :
Voilà. Comme quoi, même si ça compte pour beaucoup, y’a pas que la typo dans la vie…
Dans la nature - par cls le 06/07/2026 @ 21:13
![]()
On prévoit des choses, on prévoit… et Bam ! Bing ! Boum ! y’a un truc qui vous en empêche. Les choses et les trucs, avec moi, n’ont jamais fait bon ménage. J’avais prévu de vous faire un joli billet technique pour vous faire la nique avec la tech (ancienne)… mais la tech (nouvelle) n’a pas vu tout ça d’un bon œil, ni d’une bonne oreille [la tech (moderne) ne s’intéresse qu’à l’œil et à l’oreille, le reste elle s’en fout… pour l’instant]. La tech (moderne), s’est dit, dans son crâne de tech plein de 1 et de 0 : « Tiens, je suis sûre qu’il va encore nous déblatérer des phrases et des phrases sur une machine qui date d’avant la création de l’univers, ou d’une technique à la mords-moi les ronds de chapeaux pour les transformer en donuts (c’est la mode d’ingurgiter de l’innommable sous prétexte qu’il y a du vide au milieu)… moi, j’en ai marre ! Je vais z’y faire une bonne blague, à c’t’olibrius. » Et elle a fait exprès de planter mon ordurateur pour pas que je passe mon billet. Plantage toute la matinée sous prétexte de mise à jour… qui ne s’est pas faite parce qu’elle n’avait pas la place pour bouger les coudes, ni pour manier le marteau-piqueur, ni pour tourner le cruciforme à manche nickelé dont elle se sert comme un pied pour visser dans le sens de la vie, rien que pour voir l’effet que ça fait sur moi. Elle sait maintenant : ça m’énerve. Donc, moi, plus le temps de faire mon beau billet tout neuf, tiré à ma boîte à billets neufs dans mon crâne, à l’aide de ma carte à puce pour boîte à billets neufs insérée par l’oreille avec le code idoine ; un billet plein de belles informations vérifiées, aux sources incontestables, aux photos imparables et incomparables faites spécialement pour, aux belles phrases qui s’enchaînent à la perfection et qui égrainent leur savoir comme dans une boîte à musique bien huilée, en bois précieux qui, dès qu’on en soulève le couvercle, vous fredonne le standard cinématographico-musical Hello, le soleil brille, brille, brille ! Enfin, vous voyez le topo !… Je vais faire dans le simple, dans le rapide, dans le concret, dans le visuel, puisqu’y a que ça qui marche, avec le sonore. Foin du tactile, basta de l’olfactif, quant au gustatif, on vous donne exceptionnellement le droit d’entr’ouvrir la bouche pour suçaraquer votre souris ou votre pad, vous verrez, c’est pas terrible. Tiens, ça me donne une idée. Une idée à refourguer à nos gentils fabriquants d’ordurateurs : les faire fabriquer dans des matériaux comestibles bourrés de merveilleux parfums synthétisés à partir de nos déchets. On boufferait nos ordurateurs avec joie ; alors ils en vendraient encore plus, et on pourrait les enterrer dans un linceul encore plus plein de beaux billets de banque pour que ça soit plus confortable, des billets qui n’ont rien à voir avec les miens, qui valent beaucoup moins, cela dit en passant. Je vais faire dans le simple, ai-je dit, je vais parler des couleurs. C’est bête comme chou, les couleurs, sauf pour les aveugles, bien sûr, qui doivent faire preuve d’imagination. Mais c’est bien l’imagination… Je vais vous parler des couleurs, mais pas de n’importe quelles couleurs. Pas les couleurs des drapeaux. Moi, les couleurs des drapeaus, c’est pas mon truc. Je m’en fous un peu des drapaults et de leurs couleurs. Je m’en fous surtout des drapaux. Même que ça sert à rien les drapeaults. Simplement à bouger dans le vent quand il y a du vent, mais du vent, y’en a pas toujours, alors ils pendant lamentablement parce qu’ils ne savent pas quoi faire d’autre quand il n’y a pas de vent, celui de l’histoire ou un autre, peu importe. Si seulement on s’en servait, des drapôs, pour sécher les larmes des enfants, ou les moucher quand on leur apprend que leur papa ou leur maman sont morts pour la patrie ou toute autre raison plus ou moins stupide de cet ordre ou de ce désordre, si seulement on s’en servait pour ça, rien que pour ça… ils commenceraient à être un peu utiles, les drapaus. Mais même pas… Donc, je ne vais pas vous parler des couleurs des drapots. Je vais vous parler des couleurs de la Nature. Passe que l’être le plus intelligent et le plus important sur cette planète, c’est bien la Nature. C’est incontestable, j’espère que c’est incontesté. Bien sûr, c’est pas la Nature qui a inventé les couleurs. C’est le cerveau de l’œil, tout le monde sait ça. Le cerveau de l’œil, il fabrique les couleurs à partir de ce qu’il voit. Il voit des longueurs d’onde, et pof ! il fabrique des couleurs. Il voit une longueur d’onde de 520 nm et pof ! il fabrique du vert. Comme ça, instantanément. Il est très fort, le cerveau de l’œil. La Nature, elle est très forte aussi, parce qu’elle sait fabriquer plein de choses avec pas beaucoup de matière première. Surtout en les combinant. Elle combine, elle combine tout le temps. Parfois elle réussit, parfois ça rate, comme avec nous, les bipèdes. Mais elle se décourage pas, la Nature. Elle continue à combiner. Elle s’en lasse pas… Arrivé ici, j’en ai un peu marre de causer. Je pourrais continuer, mais j’en ai un peu marre. Vraiment. Alors, je vais vous passer des images. Vous aimez les images, j’en suis sûr. Tout le monde aime les images. Et comme vous faites partie du groupe Tout le monde, vous aimez forcément les images. En voilà, les longueurs d’onde autour de 520 nm y sont omniprésentes :
Voilà. Comme quoi, même si ça compte pour beaucoup, y’a pas que la typo dans la vie…
(06/07/2026 @ 21:13)
Procédé 136 - par cls le 29/06/2026 @ 19:22
![]()
Voici quelques jours, c’était la Fête de la musique, alors ça m’a donné l’idée de ce billet. On aime la musique ou on ne l’aime pas, enfin disons plutôt, on apprécie d’écouter de la musique ou on ne la supporte pas. Personnellement je la supporte assez bien mais je ne la recherche pas plus que cela. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des disques 78 tours (et le gramophone qui va avec), des disques vinyles et des CD, et les outils qui vont avec. Je peux donc m’emmusiquer les oreilles quand je le veux. Mais je ne suis pas un spécialiste. Je ne saurais pas faire la différence, à l’audition les yeux bandés, entre un enregistrement vinyle et un enregistrement CD du même morceau par les mêmes interprètes. C’est comme ça. On n’est pas parfait. Moi, ma spécialité, c’est les procédés d’impression. Et justement, je vais vous parler d’un procédé d’impression plutôt curieux qu’on ne retrouve (à ma connaissance) que sur des pochettes de vinyles. Le Procédé 136 (c’est son nom), Panchroma (c’est son prénom). De quoi il retourne ? Comment expliquer ? En gros, c’est un procédé un peu comme le pochoir (mais ce n’en est pas) qui consiste à colorier une image en noir, imprimée dans un procédé classique, en l’occurence ici, de l’offset, à l’aide de couleurs transparentes, comme des sortes de gels, qui créent un relief. Ce procédé d’origine française (pour une fois) qui date des années 1950 a sûrement été à l’origine d’un dépôt de brevet mais les archives en ligne de l’INPI ne descendent pas — ou pas encore — à une date aussi proche de nous, donc impasse pour trouver des détails au sujet de son fonctionnement. On ne peut qu’être réduit à des hypothèses qui selon toute probabilité pourraient se retrouver fausses… Alors on va éviter d’en faire, et de se la péter et disant des trucs genre : « Moi, je sais, ça se fait comme ça ! » en bombant le torse. Pas envie qu’on me rabatte mon caquet et qu’on le piétine sauvagement quand il est à terre. Le Procédé 136 n’a été pratiqué que par une seule imprimerie parisienne, l’imprimerie J. Marx et Compagnie, sise au 4, impasse de la Félicité dans le 15e arrondissement. C’est donc J. Marx (ou la personne qui se cache derrière ce nom de société) qui en est l’inventeur et le praticien. Elle s’est spécialisée dans l’impression de pochettes de disques. Peut-être imprime-t-elle autre chose mais nous n’en avons pas trace. L’imprimerie J. Marx cesse ses activités en décembre 1959. Elle est reprise dès janvier 1960, à la même adresse, par Jean Colombet qui pratique à son tour le Procédé 136. L’imprimerie fermera définitivement ses portes le 25 décembre 1984. Quelques exemples maintenant pour illustrer le propos. On va le voir, c’est assez kitsch.
— On passe maintenant à notre collection particulière.
Que dire de plus… Peut-être que ce petit billet vous aura donné envie d’en savoir plus sur le Procédé 136. Du moins plus que je n’en sais… et que ça vous aura donné envie d’aller chiner des pochettes procédé 136 sur les brocantes ou chez les disquaires d’occasion… P.-S. : Il existe un procédé de soudure à l’arc nommé Procédé 136. Ils n’ont, on s’en doute bien, rien à voir l’un avec l’autre.
Procédé 136 - par cls le 29/06/2026 @ 19:22
![]()
Voici quelques jours, c’était la Fête de la musique, alors ça m’a donné l’idée de ce billet. On aime la musique ou on ne l’aime pas, enfin disons plutôt, on apprécie d’écouter de la musique ou on ne la supporte pas. Personnellement je la supporte assez bien mais je ne la recherche pas plus que cela. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des disques 78 tours (et le gramophone qui va avec), des disques vinyles et des CD, et les outils qui vont avec. Je peux donc m’emmusiquer les oreilles quand je le veux. Mais je ne suis pas un spécialiste. Je ne saurais pas faire la différence, à l’audition les yeux bandés, entre un enregistrement vinyle et un enregistrement CD du même morceau par les mêmes interprètes. C’est comme ça. On n’est pas parfait. Moi, ma spécialité, c’est les procédés d’impression. Et justement, je vais vous parler d’un procédé d’impression plutôt curieux qu’on ne retrouve (à ma connaissance) que sur des pochettes de vinyles. Le Procédé 136 (c’est son nom), Panchroma (c’est son prénom). De quoi il retourne ? Comment expliquer ? En gros, c’est un procédé un peu comme le pochoir (mais ce n’en est pas) qui consiste à colorier une image en noir, imprimée dans un procédé classique, en l’occurence ici, de l’offset, à l’aide de couleurs transparentes, comme des sortes de gels, qui créent un relief. Ce procédé d’origine française (pour une fois) qui date des années 1950 a sûrement été à l’origine d’un dépôt de brevet mais les archives en ligne de l’INPI ne descendent pas — ou pas encore — à une date aussi proche de nous, donc impasse pour trouver des détails au sujet de son fonctionnement. On ne peut qu’être réduit à des hypothèses qui selon toute probabilité pourraient se retrouver fausses… Alors on va éviter d’en faire, et de se la péter et disant des trucs genre : « Moi, je sais, ça se fait comme ça ! » en bombant le torse. Pas envie qu’on me rabatte mon caquet et qu’on le piétine sauvagement quand il est à terre. Le Procédé 136 n’a été pratiqué que par une seule imprimerie parisienne, l’imprimerie J. Marx et Compagnie, sise au 4, impasse de la Félicité dans le 15e arrondissement. C’est donc J. Marx (ou la personne qui se cache derrière ce nom de société) qui en est l’inventeur et le praticien. Elle s’est spécialisée dans l’impression de pochettes de disques. Peut-être imprime-t-elle autre chose mais nous n’en avons pas trace. L’imprimerie J. Marx cesse ses activités en décembre 1959. Elle est reprise dès janvier 1960, à la même adresse, par Jean Colombet qui pratique à son tour le Procédé 136. L’imprimerie fermera définitivement ses portes le 25 décembre 1984. Quelques exemples maintenant pour illustrer le propos. On va le voir, c’est assez kitsch.
— On passe maintenant à notre collection particulière.
Que dire de plus… Peut-être que ce petit billet vous aura donné envie d’en savoir plus sur le Procédé 136. Du moins plus que je n’en sais… et que ça vous aura donné envie d’aller chiner des pochettes procédé 136 sur les brocantes ou chez les disquaires d’occasion… P.-S. : Il existe un procédé de soudure à l’arc nommé Procédé 136. Ils n’ont, on s’en doute bien, rien à voir l’un avec l’autre.
(29/06/2026 @ 19:22)
Un livre ou livre un... - par cls le 22/06/2026 @ 11:55
![]() L’histoire pourrait commencer comme un constat bibliophilique. Une description. Un livre. — Ah ! Encore un bouquin !… Pfff… Un livre, donc.
C’est un livre relié. Alors commençons par la reliure puisque c’est elle que l’on voit en premier. Elle est un peu fatiguée, sa peau porte quelques traces d’épidermures mais elle se porte encore bien. Ses deux plats ne sont pas détachés, ou même simplement fendillés.
C’est, on le constate aisément, une demi-peau à coins. La peau ? C’est de la basane racinée. Ce n’est pas la peau la plus raffinée ou la plus précieuse pour faire une reliure (c’est une peau de mouton), contrairement au maroquin (qui est une peau de chèvre). Elle est lisse et fragile… mais on s’en contentera pour cette fois.
Le dos est orné de dorure à froid (ce qui est en marron, presque noir) et de dorure à chaud (ce qui est doré). Et le tout est assez bien réalisé. Apparaissent à chaud les noms des deux auteurs : J[ean] Gaument et Camille Cé ; et le titre de l’ouvrage : Les Chandelles éteintes.
On en termine avec la reliure avec sa tranche de tête dorée. Cette dorure n’est pas aussi éclatante qu’elle aurait pu l’être, on voit sous l’or les traces d’un ponçage qui s’est arrêté avant le stade de la perfection. On voit aussi, au passage, les épidermures de la peau, et l’on constate que l’ouvrage protégé par cette reliure est un grand papier (différence de longueur des pages bien visible dans le haut de l’image). On vous épargnera la tranchefile qui est peut-être réalisée à la main (ce serait plutôt une bonne chose), le signet, et les gardes de couleur intérieures issues d’un papier marbré assez moche, assez confus, dans les blanc, gris et noir, qui s’harmonise assez mal avec le marron de la peau et du papier extérieur, lui-même assez moche et confus. Ne parlons pas du tout des gardes blanches réalisées dans un papier plus qu’infâme qui jure avec celui utilisé pour l’ouvrage… L’ennui, avec cette reliure, c’est qu’elle s’ouvre mal. Qu’on se rassure toutefois, on peut ouvrir le livre pour le lire, mais il faut le tenir fermement à deux mains, sinon il se referme tout seul. La reliure, certes, protège le livre des agressions du monde extérieur, ce qui est son but premier et qui ne devrait être que son seul but, mais dans le cas présent elle nuit à la vie du livre dont la fierté est de se confier à son lecteur, ou de sa lectrice (sous nos latitudes, on apprend à lire aux petites filles au même titre qu’aux petits garçons, ce qui n’est pas toujours vrai sous d’autres latitudes), le plus agréablement et le plus confortablement possible. La reliure, là, a une position un peu trop jusqu’au-boutiste. « Moi, reliure, j’ai décidé de protéger mon livre par tous les moyens qui sont à ma disposition. Je crains les doigts sales, ou pleins de chocolat, ou enduits de confiture, les doigts maladroits, les doigts négligents… J’ai pris la décision irrévocable de concentrer toute mon énergie pour obtenir la fermeture la plus rapide, la plus expéditive, la plus énergique de mon livre, afin d’en protéger l’intégrité et la propreté de ses pages. Car c’est mon livre, le livre dont on m’a confié l’existence et nul ne viendra — pas même un vulgaire lecteur, pas même un légitime propriétaire — attenter à la santé de mon livre. Et toc ! J’ai vu trop de ses confrères, brochés ou reliés, finir dépenaillés, débraillés, désarticulés, à deux doigts de la clochardisation, ou de la poubelle d’ousqu’on ne ressort jamais, pour que faiblisse ma détermination, mon sacerdoce… » Laissons-là la reliure et ses propos outranciers, et poursuivons.
La couverture. Elle est de composition classique pour une couverture, et bicolore. Ce qui est classique de la même façon, depuis les débuts de l’imprimerie occidentale. Elle est ornée d’une vignette dont on apprendra plus loin qu’elle est un bois gravé par Daragnès. Bonne provenance. Rien à dire.
La couverture est immédiatement suivie de deux exemplaires du premier état de la gravure de Daragnès. Dans le jargon gravuro-bibliophilique, on parle, là, de « fumé ». Deux fumés du premier état imprimés sur papier de Chine. On appelle ces états des « fumés » parce qu’initialement les premières épreuves d’une gravure en cours d’élaboration, ou tout juste terminée, étaient réalisées en promenant le bois au-dessus d’une lampe à pétrole allumée. Le noir de fumée qui s’en dégageait se déposait sur le bois et on pouvait ainsi le transférer sur un papier bien lisse afin de vérifier la progression du travail.
Deuxième état, sur chine, en double exemplaire, de la gravure de Daragnès. Le premier état nous donnait les dimensions du bois sur lequel Daragnès avait travaillé, ce deuxième état nous montre l’état définitif de la gravure. Les parties inutiles ont été champlevées. Elles auraient été conservées si ce bois avait été utilisé pour réaliser un clichés galvanoplastique, ou plusieurs. On a donc la preuve, ici, que c’est réellement le bois de Daragnès qui a servi à imprimer la couverture du livre. Malgré le nom de la maison d’édition : « L’Édition française illustrée », cette petite gravure de Daragnès, sorte de cul-de-lampe qui vient en lieu et place de la marque d’éditeur de nos premiers typographes occidentaux, est la seule illustration de l’ouvrage. On se serait attendu à quelques hors texte dans le corps d’ouvrage. Il n’en est rien.
La page de titre, enfin, et en face d’elle, celle de la justification de tirage. On apprend de la page de titre que le bois est de Daragnès (mais je vous l’avais déjà dit), et de la page de justification de tirage, que cet exemplaire fait partie des 25 exemplaires sur pur fil Lafuma, et qu’il fait partie des 7 hors-commerce puisqu’il en est le numéro 1. Il est paraphé, mais de qui est le paraphe ? Ce numéro 1 ne peut pas, on s’en doute, être attribué à un quelconque bibliophile du tout-venant. La page de garde qui précède le faux-titre et le titre va tout révéler…
Cette page de garde est dotée d’un envoi manuscrit, signé par les deux auteurs mais de la main du seul Camille Cé ; envoi à leur éditeur Charles Malexis. « Belle provenance… » dirait un bibliopole classique chargé de flatter ce livre pour en tirer le meilleur parti lors d’une éventuelle vente. Mais cet exemplaire n’est pas à vendre. Il a été acheté récemment lors d’une brocante (refrain connu pour ceux qui fréquentent ce blog avec assez d’assiduité), pour la somme pharaonique de 1 euro. Les éditeurs passent et trépassent. Il faut s’y faire, apprenons la modestie. La plus value bibliophilique de nos jours ne paie plus, tout comme le crime pédérastique des Trompettes de la renommée de Brassens. Est-ce un bien, est-ce un mal, peu importe. Seul reste le livre, porteur de son lot de sens, c’est cela qui compte. Un mot pour finir, au sujet des protagonistes de cette petite histoire :
Un livre ou livre un... - par cls le 22/06/2026 @ 11:55
![]() L’histoire pourrait commencer comme un constat bibliophilique. Une description. Un livre. — Ah ! Encore un bouquin !… Pfff… Un livre, donc.
C’est un livre relié. Alors commençons par la reliure puisque c’est elle que l’on voit en premier. Elle est un peu fatiguée, sa peau porte quelques traces d’épidermures mais elle se porte encore bien. Ses deux plats ne sont pas détachés, ou même simplement fendillés.
C’est, on le constate aisément, une demi-peau à coins. La peau ? C’est de la basane racinée. Ce n’est pas la peau la plus raffinée ou la plus précieuse pour faire une reliure (c’est une peau de mouton), contrairement au maroquin (qui est une peau de chèvre). Elle est lisse et fragile… mais on s’en contentera pour cette fois.
Le dos est orné de dorure à froid (ce qui est en marron, presque noir) et de dorure à chaud (ce qui est doré). Et le tout est assez bien réalisé. Apparaissent à chaud les noms des deux auteurs : J[ean] Gaument et Camille Cé ; et le titre de l’ouvrage : Les Chandelles éteintes.
On en termine avec la reliure avec sa tranche de tête dorée. Cette dorure n’est pas aussi éclatante qu’elle aurait pu l’être, on voit sous l’or les traces d’un ponçage qui s’est arrêté avant le stade de la perfection. On voit aussi, au passage, les épidermures de la peau, et l’on constate que l’ouvrage protégé par cette reliure est un grand papier (différence de longueur des pages bien visible dans le haut de l’image). On vous épargnera la tranchefile qui est peut-être réalisée à la main (ce serait plutôt une bonne chose), le signet, et les gardes de couleur intérieures issues d’un papier marbré assez moche, assez confus, dans les blanc, gris et noir, qui s’harmonise assez mal avec le marron de la peau et du papier extérieur, lui-même assez moche et confus. Ne parlons pas du tout des gardes blanches réalisées dans un papier plus qu’infâme qui jure avec celui utilisé pour l’ouvrage… L’ennui, avec cette reliure, c’est qu’elle s’ouvre mal. Qu’on se rassure toutefois, on peut ouvrir le livre pour le lire, mais il faut le tenir fermement à deux mains, sinon il se referme tout seul. La reliure, certes, protège le livre des agressions du monde extérieur, ce qui est son but premier et qui ne devrait être que son seul but, mais dans le cas présent elle nuit à la vie du livre dont la fierté est de se confier à son lecteur, ou de sa lectrice (sous nos latitudes, on apprend à lire aux petites filles au même titre qu’aux petits garçons, ce qui n’est pas toujours vrai sous d’autres latitudes), le plus agréablement et le plus confortablement possible. La reliure, là, a une position un peu trop jusqu’au-boutiste. « Moi, reliure, j’ai décidé de protéger mon livre par tous les moyens qui sont à ma disposition. Je crains les doigts sales, ou pleins de chocolat, ou enduits de confiture, les doigts maladroits, les doigts négligents… J’ai pris la décision irrévocable de concentrer toute mon énergie pour obtenir la fermeture la plus rapide, la plus expéditive, la plus énergique de mon livre, afin d’en protéger l’intégrité et la propreté de ses pages. Car c’est mon livre, le livre dont on m’a confié l’existence et nul ne viendra — pas même un vulgaire lecteur, pas même un légitime propriétaire — attenter à la santé de mon livre. Et toc ! J’ai vu trop de ses confrères, brochés ou reliés, finir dépenaillés, débraillés, désarticulés, à deux doigts de la clochardisation, ou de la poubelle d’ousqu’on ne ressort jamais, pour que faiblisse ma détermination, mon sacerdoce… » Laissons-là la reliure et ses propos outranciers, et poursuivons.
La couverture. Elle est de composition classique pour une couverture, et bicolore. Ce qui est classique de la même façon, depuis les débuts de l’imprimerie occidentale. Elle est ornée d’une vignette dont on apprendra plus loin qu’elle est un bois gravé par Daragnès. Bonne provenance. Rien à dire.
La couverture est immédiatement suivie de deux exemplaires du premier état de la gravure de Daragnès. Dans le jargon gravuro-bibliophilique, on parle, là, de « fumé ». Deux fumés du premier état imprimés sur papier de Chine. On appelle ces états des « fumés » parce qu’initialement les premières épreuves d’une gravure en cours d’élaboration, ou tout juste terminée, étaient réalisées en promenant le bois au-dessus d’une lampe à pétrole allumée. Le noir de fumée qui s’en dégageait se déposait sur le bois et on pouvait ainsi le transférer sur un papier bien lisse afin de vérifier la progression du travail.
Deuxième état, sur chine, en double exemplaire, de la gravure de Daragnès. Le premier état nous donnait les dimensions du bois sur lequel Daragnès avait travaillé, ce deuxième état nous montre l’état définitif de la gravure. Les parties inutiles ont été champlevées. Elles auraient été conservées si ce bois avait été utilisé pour réaliser un clichés galvanoplastique, ou plusieurs. On a donc la preuve, ici, que c’est réellement le bois de Daragnès qui a servi à imprimer la couverture du livre. Malgré le nom de la maison d’édition : « L’Édition française illustrée », cette petite gravure de Daragnès, sorte de cul-de-lampe qui vient en lieu et place de la marque d’éditeur de nos premiers typographes occidentaux, est la seule illustration de l’ouvrage. On se serait attendu à quelques hors texte dans le corps d’ouvrage. Il n’en est rien.
La page de titre, enfin, et en face d’elle, celle de la justification de tirage. On apprend de la page de titre que le bois est de Daragnès (mais je vous l’avais déjà dit), et de la page de justification de tirage, que cet exemplaire fait partie des 25 exemplaires sur pur fil Lafuma, et qu’il fait partie des 7 hors-commerce puisqu’il en est le numéro 1. Il est paraphé, mais de qui est le paraphe ? Ce numéro 1 ne peut pas, on s’en doute, être attribué à un quelconque bibliophile du tout-venant. La page de garde qui précède le faux-titre et le titre va tout révéler…
Cette page de garde est dotée d’un envoi manuscrit, signé par les deux auteurs mais de la main du seul Camille Cé ; envoi à leur éditeur Charles Malexis. « Belle provenance… » dirait un bibliopole classique chargé de flatter ce livre pour en tirer le meilleur parti lors d’une éventuelle vente. Mais cet exemplaire n’est pas à vendre. Il a été acheté récemment lors d’une brocante (refrain connu pour ceux qui fréquentent ce blog avec assez d’assiduité), pour la somme pharaonique de 1 euro. Les éditeurs passent et trépassent. Il faut s’y faire, apprenons la modestie. La plus value bibliophilique de nos jours ne paie plus, tout comme le crime pédérastique des Trompettes de la renommée de Brassens. Est-ce un bien, est-ce un mal, peu importe. Seul reste le livre, porteur de son lot de sens, c’est cela qui compte. Un mot pour finir, au sujet des protagonistes de cette petite histoire :
(22/06/2026 @ 11:55)
Dernière mise à jour : 23/07/2026 @ 09:07 |


